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Alimentation protéique: retour d'expérience

Nourrissage au pollen

Retour d'expérience

Un retour d'expérience intéressant commandé par un événement inhabituel.

Le rucher qui m'occupe est installé pour la saison estivale dans la forêt de pins maritimes du Médoc jusqu'à la fin novembre avant de le rapatrier dans un environnement plus favorable.

Dans ce premier environnement de type "forêt landaise", mono essence, les ressources disponibles sont peu nombreuses : Bruyère d'été (Erica Cinerea, juillet Aout), Bourdaines (Frangula alnus Avril-mai à début aout) et Callune (Calluna vulgaris, septembre octobre). Très peu de lierre et quasiment aucune fleur sauvage mellifère ou pollinifère en arrière saison.

En octobre 2019, à la faveur d'une période très clémente mais sèche avec une activité des colonies très ralentie, j'ai effectué la pesée habituelle puis, entrepris une visite rapide pour analyser la situation, ce que je ne fais habituellement jamais à cette période de l'année, à l'exception d'une ouverture très rapide pour permettre d'extraire la plus rapidement possible les lanières anti-varroas, sans toucher aux cadres de corps.

Surprise: la première ruche visitée montrait une colonie populeuse dotée d'une excellente réserve de miel mais....pas de couvain et l'absence totale de pollen! J'en déduis que cette colonie est orpheline...

La seconde colonie, puis toutes les autres à une exception près, étaient dans le même cas: pollen et couvain absents mais forte population et réserves abondantes.

Cette situation m'a interpellé:

1 - Danger pour la colonie? Apparemment non puisque les colonies sont fortes et bien pourvues en miel pour l'hiver (poids moyen supérieur à 30 kg alors que le poids minimum que j'ai fixé par expérience est de 25 kg pour des ruches Dadant en sapin.

2 - Un avantage inattendu pour la lutte contre le varroa en cette période puisque toutes les formes cachées (sur le couvain operculé) sont inexistantes ce qui  permet une efficacité de 100%  de tous les traitements réalisés dans ces conditions.

2 - Quels risques ?

            - risques immédiats: apparemment aucun.

            - risques futurs:  pas de ponte tant que les réserves protéiques restent insuffisantes ce qui signifie un démarrage tardif en fin d'hiver, mais aussi le risque d'émergence de pathologies plus ou moins sérieuses comme la maladie noire comme je l'ai déjà vécue à plusieurs reprises au printemps par le passé, voire de Loque européenne mais plus rare dans notre région.  Chacun sait que la production en miels de printemps des colonies est directement corrélée au nombre de cadres de couvain à une date donnée. Donc le risque principal concernait un retard de démarrage de la ponte de la reine qui devra attendre une ressource en pollen suffisante et par voie de conséquence, une récolte de miel plus faible.

Il a été décidé de laisser les colonies en l'état, de les rapatrier puis de réfléchir à un nourrissage protéique avant la fin d'hiver sous une forme à définir.

Habituellement, début janvier un demi-pain de sucre candi (soit 1.2 kg) est apporté à toutes les colonies puis un second demi-pain vers la fin janvier. L'objectif étant de compléter les ressources disponibles et de commencer à stimuler la ponte de la reine.

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Le premier demi-pain a été enrichi par deux cuillères à soupe ( soit 25 grammes) de pollen "maison" récolté au printemps 2019 pour ma consommation personnelle et conservé sous forme congelée en bocal de verre. Le film plastique qui enveloppe le demi-pain a été décollé sur la face supérieure, puis relevé pour permettre l'apport du pollen, bien étalé, avant de le refermer et le fermer  hermétiquement au moyen d'un ruban adhésif.

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Un trou d'accès de 60 mm est créé à la partie inférieure. La pain est posé sur le couvre-cadre possédant un orifice du même diamètre (normalement couvert par une pièce en contreplaqué en dehors de la période de nourrissage).

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Très rapidement le pollen se mélange avec le sucre  plus ou moins ramolli pour former une pâte de couleur marron-jaunâtre.

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Toutes les ruches ont été nourries de cette manière à l'exception d'une seule.

Trois semaines plus tard, tous les pains de candi avaient été consommés, y compris le pollen sans le moindre refus apparent.

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Profitant du renouvellement du candi avec un second pain au cours d'une journée (anormalement chaude: 15°)  le 24 janvier,  j'ai réalisé une rapide visite de 4 colonies dont la seule colonie non nourrie, en prenant le risque d'ouvrir pour évaluer le stade du couvain.

Résultat:

Les 4 colonies montraient toutes une bonne population et une vitalité encourageante.

Les 3 ruches nourries contenaient chacune deux cadres de couvain fermé et ouvert, très compact, d'une largeur correspondant à "une main étalée".

La ruche témoin (non nourrie) ne montrait aucune de trace de couvain.

Malheureusement dans le rucher, aucune ruche n'a été nourrie au sucre candi non enrichi de pollen pour permettre une comparaison plus instructive.

Il serait imprudent de tirer des conclusions hâtives de cette petit expérience car le protocole manque quand même de la rigueur scientifique minimale pour cela mais on peut toutefois affirmer que le complément alimentaire (protéiné ou pas) créé des conditions favorables à la reprise de la ponte. Ce n'est pas un scoop et Il est très vraisemblable que l'apport  protéinés sous forme de pollen "bien assimilé" a joué un rôle déterminant.

Quel avantage me direz-vous puisque la ponte reprendra dès l'arrivée des premières fleurs? Réponse: trois semaines d'avance pour les colonies nourries !! C'est un minimum!

Trois semaines ce n'est pas le bout du monde en janvier! Oui, mais en avril-mai c'est probablement une, voire  peut-être deux hausses de miel de printemps en plus!

Cela m'a conduit à modifier les règles de conduite de mon rucher dès 2020:

1 - En Prévoyant la récolte de pollen de printemps qui sera conservé au congélateur en prévision d'un nourrissage protéiné en fin d'hiver. (pas de pollen séché ni acheté pour éviter les contaminations de votre rucher par des affections graves comme la loque américaine). La dose de 50 g de pollen par colonie me parait suffisante. A titre indicatif, un pot de verre d'une capacité de 1 kg de miel contient 500 g de pollen lorsqu'il est plein. Il faut donc mettre en place quelques trappes à pollen en avril-mai sur quelques ruches pour récolter un jour sur deux ou sur trois afin de se constituer une réserve protéique riche et d'origine garantie.

2 - En Complétant la visite d'automne par une évaluation des réserves de pollen sous forme de pain d'abeilles de chaque colonie avant hivernage. (seconde quinzaine d'octobre en Médoc) si les conditions le permettent.

3 - En apportant un complément protéiné si nécessaire au moyen de candi dopé au pollen ou en employant des candis du commerce enrichis en protéine.

S'il faut conserver à l'esprit l'intérêt d'un démarrage précoce, et le favoriser pour espérer de belles récoltes, il convient toutefois de ne jamais oublier qu'une colonie forte et précoce consomme beaucoup pour alimenter son couvain et une population qui progresse rapidement. Elle devient particulièrement fragile en cas de disette consécutive à des conditions climatiques défavorables prolongée!! Il faut alors agir sans tarder par des visites de contrôle voire  par un nourrissage si celui-ci s'impose.

Jean Claude BONIFACE

Le 28 janvier 2020


Date de création : 05/02/2020 @ 00:05

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